Fragment n°57 d'un livre de Michel Surya dénommé : "De la domination"
Il n'y a plus personne qui ne désire être "vu nu" parce qu'il n'y a plus personne à n'être convaincu de l'exemplarité de ce que sa nudité montre :
le travail de la domination dans son corps "visité"


Burqa, cagoule, tout ce qui contre le besoin de transparence semble dans la ligne de mire d'un pouvoir aux aguets.

Il faut se poser la question.

En quoi le désir de transparence l'emporte sur le besoin d'une uniformisation pour une domination quelle qu'elle soit ?

De l'erreur ( religion ) à l'illusion ( capitalisme ) pour déboucher sur la bêtise ( domination ).

Sachant que la bêtise n'est qu'une intelligence ( engagement ) décalée, imitative.

Quand la burqa sera interdite dans les transports publics selon les dernières préconisations de la commission, cela amène une question :

Le transport religieux anonymisant se heurte au transport public dominant et "éduquant" pour se subsumer en transport philosophique à la Nietsche qui enseignait en marchant que Dieu est mort ( les masques tombent ).

N'oublions pas que les cagoules sont interdites dans les manifestations ( voir le cas récent de deux personnes interpelées puis relachées car elle portaient un masque de Sarkozy lors de la manifestation du 21 janvier dernier à Nice ).
Est-ce qu'interdire les manifestations aboutira à la disparition des cagoules ?

Pourquoi ce genre de débat est-il récurrent dans la France sarkozyste ?

En quoi la burqa et la cagoule sont-elles vécues comme un NON, et pourquoi la domination les place à cet endroit dans son objectif d'éducation qui s'apparente à une négation de l'individu.

Puisque l'anonymat n'est de toute façon plus possible, que l'on se balade sur Internet ou que l'on soit rentré, ne serais-ce qu'une fois, en contact avec une entreprise ou une administration, pourquoi cette sensibilité exacerbée à la personne que la domination désire nue et infantilisée réellement alors qu'elle l'est déjà dans ses pratiques de consommation, de travail, de transports et de vacances ?

Peut-être parce que la domination devant se montrer pour exercer son empire n'envisage pas que ceux qui la regardent soit dans un autre état qu'elle-même.

Envisage t'on un débat télévisé avec Sarkozy sans que celui-ci ne puisse vous dévisager ?
Que les personnes l'interrogeant soient burquifiées, cagoulées ou portant des masques de Sarkozy ?

Non, et pourtant la vérité d'une personne réside aujourd'hui, de plus en plus, dans son apparence.
Et pour ceux ou cette vérité ne réside pas à ce niveau, le droit de se burquifier quand sa vérité est dans le fait religieux, de se cagouler quand sa vérité est dans le refus et de se Sarkosifier quand sa vérité est dans le rejet, devrait être possible.

Tant il est vrai que quand on voit ceux qui aiment se montrer, on a envie de se cacher malgré la circularité d'un monde sans horizon ou l'on aimerait être cet horizon ( cette ligne de fuite ).

Petit exemple du show télévisé sarkozien du lundi 25 janvier pris sur un blog :
Marguerite Gauthier, 58 ans, a un mari au chômage : « Que faire pour l’emploi des plus de 55 ans ? », s’interroge-t-elle.
« Tous nos efforts sont mobilisés là-dessus », assure Nicolas Sarkozy en serrant les poings.
« Mais il faut travailler plus, il faut que les magasins soient ouverts le dimanche ».


C'est ma définition du cri de la bêtise et sa vérité nue ( ni fardée, ni masquée ).

Merci à Sarkozy pour l'ensemble de son oeuvre et plus particulièrement ses plateaux télé.
Merci à la bêtise dans sa version gouvernementale.
Merci à l'actualité pour les rapprochements éclairants qu'elle permet de par son traitement médiatique.
Merci à Isabelle Stengers pour son article "L'emprise de la bêtise" dans la revue NON ou plusieurs personnes exposent ce que Non veut dire pour elles.
Merci à Michel Surya pour le commentaire n°57 de son livre "De la domination" en exergue de ce billet et sa participation à la revue NON.