Depuis que le séisme à eu lieu en Haïti, un sujet occupe les médias sur la moitié du temps d'antenne ou de rubrique qu'ils consacrent à cet évènement catastrophique.

Il s'agit de la douleur des adoptants, injustement privés par la nature du désir d'enfant qui est le leur.

Carla Bruni-Sarkozy est allée recevoir, sur le tarmac de Roissy, 33 enfants haïtiens arrivant en France pour être remis à des familles méritantes.
Les enfants, les médias nous l'assurent, ont fait l'objet d'une procédure légale respectueuse du formalisme administratif.
Malgré le séisme ( ou à cause de lui peut-être ) tous les tampons administratifs nécessaires ont été apposés.
Même les parents haïtiens, les médias nous l'assurent à grands coups de reportages, sont d'accord pour que leurs enfants soient adoptés en France.
Cela n'a rien à voir avec l'arche de Zoé nous assure-t'on.

Et d'ailleurs l'urgence commande, on ne peut laisser ces enfants à la merci du chaos qu'est devenu Haïti, à cause de quoi déjà ?
Ah oui, d'un séisme qui aurait fait plus de 110.000 morts officiels dont des enfants dans les orphelinats ou se trouvent les enfants en partance pour l'adoption en France.
Mais parmi ces enfants qui ont péri, certains étaient aussi en partance vers la France ?
Mais ils sont morts, cela ne fait pas image et la "décence" commande à la caméra de se détourner de ce sujet.

Cette plus élémentaire décence qui devrait au contraire interdire d'aborder un drame humain de cette ampleur par le petit bout de la lorgnette que représente la douleur des adoptants français sur laquelle se focalisent les médias.

Entre Sarkozy qui va partir faire la photo en Haïti et sa femme qui va jouer le rôle de mater dolorosa à Roissy, on peut dire qu'Haïti aura eu une couverture médiatique à la hauteur de l'intérêt qui est porté à ce pays.

Il faudra une "common decency", au sens d'Orwell, à toute épreuve aux Haïtiens pour, aprés avoir subi le séisme, ne retenir de l'aide qui leur est apportée que celle qui leur a été utile ( secouristes, hopitaux, logistique ).

En attendant la grande machinerie spectaculaire se met en place:
Des sites de vente en ligne possédant mon mail m'ont intimé de donner pour Haïti.
Des opérateurs téléphoniques m'int envoyé des SMS sur le même sujet.
Je passe sur les opérations télés, journaux et autres qui croissent et embellissent.
Je dois être formidable puisque tout le monde l'est parmi les prescripteurs d'opinions.

Je gagnerais peut-être un enfant haïtien si je suis tiré au sort.

Bon d'accord, nous n'en sommes pas la, mais je ne perçois aucune différence de nature entre le traitement de l'actualité et ce prolongement qu'elle m'évoque.

Entre l'infantilisation dans laquelle les médias veulent nous maintenir en nous présentant les sujets les plus dramatiques sous l'angle familial nucléaire et la marchandisation de l'être humain que représente cet avion arrivant en France, il y a tout le mépris et la déshumanisation dont peuvent être capables aujourd'hui ceux qui exercent un pouvoir politique et/ou médiatique.

Un pays a besoin d'aide, il y a plus de 110.000 morts et bien plus de blessés, les infrastructures sont à relever et la moitié du temps est consacré à la joie d'adoptants français car cela fait image !

Au dela du capitalisme, il y eut le spectacle.
Au dela du spectacle, il y a l'indécence.
Au dela de l'indécence, il y aura l'indicible.